À Valparaíso, on peut monter du port aux collines sans marcher, grâce à des ascenseurs funiculaires dont les premiers ont été mis en service à la fin du XIXe siècle. Quelques jours plus tard, on s’endort à Purmamarca, dans un village de maisons en adobe adossé à une montagne aux strates colorées. Entre ces deux soirs, il y a le désert le plus sec de la planète hors régions polaires, et une cordillère. Sur un itinéraire de ce type, ce sont les villes-étapes, bien plus que les kilomètres, qui donnent son relief au voyage.
Valparaíso se découvre à pied
Le quartier historique de Valparaíso est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2003. Ce que l’on vient y chercher tient pourtant moins aux monuments qu’à la ville elle-même : des maisons de bois et de tôle peintes de couleurs vives, accrochées à des collines si raides que les rues finissent en escaliers, des fresques à chaque tournant, et la Sebastiana, l’ancienne maison de Pablo Neruda, d’où l’on embrasse toute la baie.
Pour un voyageur motorisé, la meilleure décision consiste à garer la moto et à l’oublier une journée. Les pavés, les pentes et la circulation des collines ne se prêtent guère au pilotage d’une machine chargée, et c’est à pied, d’un ascenseur à l’autre, que la ville se comprend. Viña del Mar, sa voisine immédiate, offre le contrepoint exact : une station balnéaire aux avenues tirées au cordeau, où les immeubles font face à l’océan.
Vers le nord, des villes posées entre l’océan et le désert
La Serena, l’une des plus anciennes villes du pays, offre un contraste presque provincial : églises de pierre, rues calmes, longue plage et, à l’intérieur des terres, la vallée de l’Elqui, connue pour son pisco et ses observatoires astronomiques. Plus haut sur la côte, Bahía Inglesa fait figure de parenthèse balnéaire, avec son sable clair et ses eaux turquoise, au bord d’un désert qui commence juste derrière la plage.
Antofagasta est d’une autre nature. C’est une ville qui travaille, tournée vers son port et les mines de cuivre de la région, et que l’on ne visite pas vraiment pour elle-même. Son attrait tient à ce qui l’entoure. À une soixantaine de kilomètres au sud, au bord de la Panaméricaine, la Mano del Desierto, une main de onze mètres sculptée par Mario Irarrázabal et inaugurée en 1992, surgit du sable sans rien autour. On s’y arrête comme tout le monde, et l’on mesure en repartant l’échelle du désert qui s’ouvre vers l’intérieur.
San Pedro de Atacama et Purmamarca, de part et d’autre des Andes
Les deux villages se ressemblent à première vue : maisons basses en adobe, rues de terre, églises coloniales, altitude voisine de 2 400 mètres pour l’un, de 2 300 pour l’autre. San Pedro de Atacama est pourtant devenu un camp de base touristique, avec ses agences, ses auberges, ses départs avant l’aube vers les geysers d’El Tatio et ses excursions de fin de journée vers la vallée de la Lune. Mieux vaut le savoir pour ne pas être déçu, et le prendre pour ce qu’il est : un point de départ commode vers des paysages hors norme.
Purmamarca, de l’autre côté du Paso de Jama, a gardé une échelle plus modeste. Le Cerro de los Siete Colores domine le village, et sa place accueille un marché d’artisanat, tissages et céramiques en tête. Le village ouvre aussi sur la Quebrada de Humahuaca, inscrite au patrimoine mondial en 2003. La montagne change de teinte au fil des heures : elle se regarde le matin, puis de nouveau en fin de journée.
Cafayate et Mendoza, deux visages du vin argentin
On arrive à Cafayate par la Quebrada de las Conchas, une gorge de grès rouge façonnée par l’érosion, et l’on découvre une petite ville tranquille, vers 1 700 mètres d’altitude, entourée de vignes. Le torrontés, blanc aromatique emblématique de la vallée, s’y goûte à toutes les tables. Le contraste est complet avec Mendoza, grande ville aux avenues plantées d’arbres que longent des canaux d’irrigation à ciel ouvert, les acequias. Reconstruite après le tremblement de terre de 1861, elle a été pensée large, autour de places aérées, et sa province produit la majeure partie du vin argentin, malbec en tête.
De Mendoza, la route du retour vers Santiago remonte la vallée du río Mendoza jusqu’au pied de l’Aconcagua, le plus haut sommet des Amériques, qui frôle les 7 000 mètres. Passé la frontière, la station de Portillo domine la Laguna del Inca, un lac d’altitude d’un bleu très sombre, avant une longue descente en lacets serrés vers la vallée centrale chilienne. Aucune ville sur ce tronçon, mais sans doute la fin de parcours la plus spectaculaire de la boucle.
Cette succession de villes, de la côte pacifique aux oasis de Cuyo, forme l’ossature d’un road trip moto en Argentine sur https://westforever.com/voyage-en-moto/Amerique-du-sud-chili-et-argentine-en-moto, qui part de Santiago et y revient : dix-sept jours, environ 4 100 kilomètres, avec des haltes à Valparaíso, La Serena, Bahía Inglesa, Antofagasta, San Pedro de Atacama, Purmamarca, Cafayate, Belén, Villa Unión, Rodeo et Mendoza.
Les petites villes, celles qu’on n’avait pas prévu d’aimer
Les noms célèbres remplissent les carnets de route, mais les étapes modestes laissent souvent des souvenirs plus nets. À Belén, dans la province de Catamarca, des tisserands perpétuent la fabrication des ponchos sur des métiers traditionnels. Villa Unión, dans La Rioja, n’a rien de spectaculaire en soi, mais elle ouvre sur le parc national de Talampaya, inscrit au patrimoine mondial en 2000 avec son voisin d’Ischigualasto. Rodeo, dans la province de San Juan, vit au bord du réservoir de Cuesta del Viento, dont le vent régulier attire les véliplanchistes.
Ces villes se ressemblent sur un point : on y arrive en fin de journée, on y dîne simplement, et la vie y suit son cours sans se soucier des visiteurs. Réservez-leur une soirée sans programme. Les places centrales argentines s’animent tard, bien après le coucher du soleil, et c’est à ce moment-là qu’il faut sortir, une fois la moto rangée.
